Enjeux écologiques, politiques et sociaux de la COP 21

Par Micaela Delfino*

Le changement climatique, thème principal de la COP21, est devenu le plus grand problème environnemental mondial d’aujourd’hui. En son nom, des pratiques aussi diverses que les politiques publiques, les programmes de responsabilité d’entreprise, les sommets mondiaux, le marketing vert, les agendas des mouvements sociaux, les programmes de recherche académique, entre autres, ont été réalisées. Cette prolifération des discours et des pratiques autour du changement climatique se déroulent parce qu’il est, en grande partie, considérée comme “la plus grande menace pour la durabilité future” de l’humanité, comme l’ont affirmé divers dirigeants mondiaux et de larges secteurs de la communauté scientifique.

Malgré les discussions, les politiques mises en place, les plans et les projets de la communauté internationale, le problème du changement climatique continue de s’aggraver, en tenant compte du fait que 2016 a été la troisième année consécutive le plus chaud depuis qu’il y a des records. Selon un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM, 2017), l’année 2016 a enregistré une température moyenne supérieure d’environ 1,1°C par rapport à l’ère préindustrielle, et de 0,07°C supérieure à la température record précédente, atteinte dans l’année 2015.

L’objectif principal qui a été envisagé dans la COP21 à Paris été de ne pas dépasser la température de la planète de 2ºC afin d’atteindre une marge de sécurité pour éviter d’atteindre un point de non-retour, dans lequel l’inertie climatique de la planète provoquera l’augmentation continue de la température. Il vise également à atteindre des objectifs tels que la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 et de 60% d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990 afin de maintenir les niveaux de CO2 en dessous de 450 parties par million (ppm) par jour et donc éviter l’augmentation de 2ºC selon le GIEC.

Un autre grand défi de la Conférence était la chance d’offrir aux pays la possibilité de créer de nouveaux modèles énergétiques et économiques basés sur une nouvelle forme de développement propre et durable qui permettra la création de nouveaux emplois dans le secteur et le développement d’une économie sans émissions de carbone.

D’une part, le groupe connu comme Umbrella est une coalition de pays non-membres de l’UE développée à la suite de l’adoption du Protocole de Kyoto, et bien qu’il n’y ait pas de liste officielle, le Groupe est généralement composé de l’Australie, du Canada, Japon, Kazakhstan de la Norvège, de la Nouvelle-Zélande, de la Fédération de Russie, de l’Ukraine et des États-Unis. Ce groupe cherche à aider les pays en développement à contribuer de la même manière qu’eux et ils attendent une stratégie de réduction des émissions en fonction de leurs capacités réelles. En outre, il exerce une influence très importante car il représente 30% des émissions.

L’ex-Président des États-Unis, Barack Obama, avait aussi fait quelques remarques sur la COP21, dans lequel il a déclaré que son pays était devenu le « chef de file mondial dans la lutte contre le changement climatique » (Obama, 2015), tandis que le pape François a soutenu dans son encyclique que « le changement climatique est un problème mondial avec des dimensions sociales, environnementales, économiques, politiques et distributifs graves, et constitue l’un des plus grands défis pour l’humanité » (Pape François, 2015: 22). Les déclarations de Barack Obama, Ban Ki-moon, Jeffrey Sachs, le pape François ou les dirigeants du Forum économique mondial, sont des exemples des nombreuses déclarations faites par les dirigeants politiques, religieux et scientifiques, que se rapportent dans le monde entier pour discuter le changement climatique de manière très similaire et qu’ils se condensent dans une idée fondamentale: à partir de maintenant, ce problème est le défi déterminant de notre temps; c’est le plus gros problème pour la durabilité actuelle et future de l’humanité.

Cependant, l’actuel Président des États-Unis, deuxième plus gros pollueur de la Terre, a décidé d’abandonner l’accord pour l’action environnementale signé par 195 nations, qui est une réprimande remarquable aux chefs d’état, aux activistes de climat, aux chefs d’entreprise et aux membres du personnel du Président, qui ont tous échoué à lui changer d’avis. Toutefois, il a déclaré cet année que les Etats-Unis pourraient « éventuellement » revenir à l’accord de Paris sur le climat de 2015 si un accord traitait son pays « plus équitablement ».

L’Union Européenne visait à parvenir à un accord légal contraignant et universel sur le climat lors de la COP21. Comme leader mondial sur le changement climatique et des énergies renouvelables, l’UE est la première région avec des objectifs contraignants : de 1990 à 2014, les émissions de l’UE ont diminué de 23% tandis que le PIB a augmenté de 46%. Ce groupe est aussi favorable à l’aide aux pays en développement avec la mobilisation de l’argent, de la technologie et des stratégies.

Grâce à l’Accord de Paris, les pays développés ont accepté de fournir des ressources financières pour aider les pays en développement à la fois en matière d’atténuation et l’adaptation, dans le prolongement des obligations qui leur incombent en vertu de la Convention-cadre sur les changements climatiques. Les autres parties sont encouragées à fournir ou continuer à fournir un tel soutien volontairement.

Les locutions de Juan Manuel Santos, Président de la Colombie, sur un accord global qui pourrait sauver l’humanité, ou les engagements pour réduire les émissions de GES, contrastent avec l’approbation des “locomotives de développement”, qui soutiennent, par exemple, des actions telles que l’exploitation minière à grande échelle, des grandes plantations de monocultures ou l’extraction de pétrole à travers des techniques controversées telles que la fracturation hydraulique. Ces politiques nationales de développement sont en contradiction avec les discours prononcés par le président colombien lors des sommets mondiaux, car ils aggravent sans aucun doute le changement climatique en étant une source majeure d’émissions de GES, mais aussi en augmentant la vulnérabilité en détruisant matrice écologique des territoires.

Les cas de la Bolivie et de la Colombie, deux pays en développement, sont des exemples clairs de la désarticulation entre les politiques mondiales et nationales sur le changement climatique. D’une part, les gouvernements encouragent de nouveaux engagements mondiaux pour lutter contre le réchauffement climatique, mais les politiques nationales sont toujours piégées dans des stratégies basées sur l’extractivisme qui, à tout prix, aggravent le problème (Gudynas, 2016).

Certains pays en développement voient dans la tentative de les placer entre les mains des riches comme une menace. Ils pensent qu’il pourrait être utilisé à l’avenir pour les forcer à devenir des donateurs aux côtés de pays tels que les États-Unis et l’UE.

Lord Stern, économiste climatique anglais, avait dit que “les défis déterminants de ce siècle sont la lutte contre la pauvreté et la gestion du changement climatique : si nous échouons une, nous échouons de l’autre. Il est clair que si nous ne parvenons pas à gérer le changement climatique, nous créerons un environnement si hostile que le développement sera miné, ce qui conduira des centaines de millions à déménager parce que leur environnement a été dévasté…”[1]

Le G-77 est la plus grande coalition des pays du tiers monde, aux Nations Unies, fournissant les moyens par lesquels le monde en développement articule et promeut ses intérêts économiques collectifs et améliore sa capacité de négociation conjointe par rapport aux principaux problèmes économiques dans le système des Nations Unies, ainsi que la promotion de la coopération économique et technique entre les pays en développement.

Après deux semaines de négociations, le sommet de Bonn (Allemagne) a abouti à la décision de continuer avec les négociations du programme mise en œuvre dans l’Accord de Paris. L’engagement s’est accompagné d’une reconnaissance du fait que l’augmentation de l’action et du soutien aux pays en développement avec le financement, le transfert de technologie et le renforcement des capacités jusqu’en 2020 est la base de la mise en œuvre de l’Accord de Paris cette année. Les négociations ont pris fin avec l’accord que le Fonds d’Adaptation, qui existe déjà dans le cadre du Protocole de Kyoto, servira également à financer la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ce fonds est l’une des sources les plus directes et les plus abordables pour les pays en développement pour financer leurs projets d’adaptation.

Les tendances actuelles en matière de financement climatique public international soulignent la nécessité d’accorder une attention particulière aux pays les plus vulnérables et à leurs efforts en matière de résilience et d’adaptation au changement climatique. Le financement de la lutte contre le changement climatique fait partie intégrante de la coopération au développement, même si les deux ont été abordés dans des forums différents pour des raisons historiques. Pour aller de l’avant, les besoins spéciaux des pays les plus vulnérables devraient occuper une place plus importante dans les forums qui traitent de la finance climatique. Les forums politiques qui traitent de la coopération au développement et du financement climatique devraient travailler ensemble au niveau technique et politique, afin qu’ils puissent bénéficier mutuellement du travail et éviter les doublons, en promouvant le partage des connaissances et l’apprentissage mutuel.

Pour conclure, on peut dire qu’un accord tel que celui signé à Paris, reste assez faible pour résoudre cette désarticulation, puisqu’il repose sur des mesures volontaires au niveau national qui ne remettent pas en cause les fondements et les idées centrales du développement. Mais d’un autre côté, la signature d’accords tels que ceux-ci, est extrêmement efficace pour les pays du Sud pour obtenir des crédits auprès des banques multilatérales et des accords commerciaux avec les pays du Nord hégémonique. Cette désarticulation marquée entre les politiques internationales et nationales s’accompagne d’actions timides que les gouvernements présentent comme d’excellents résultats, ce que représente un défi pour les Nations Unies, si l’accord n’aboutit pas à être contraignant.

Paradoxalement, les politiques climatiques n’ont pas été en mesure de résoudre le problème, mais elles ont été utiles pour positionner la question du carbone au niveau mondial comme l’axe central de leurs stratégies institutionnelles. Dans ce contexte, diverses pratiques de développement conventionnelles sont maintenant désignées comme « vertes », « à faible teneur en carbone » ou « compatibles avec le climat ». Cela a permis de maintenir un gouvernement technique sur les territoires, qui, au nom du « climat », approfondit les stratégies de commercialisation de la nature et du développement économique classique. Les problèmes mondiaux associés à la crise environnementale ont généré une réponse mondiale unifiée.

Actuellement, on pourrait assister à la naissance d’un nouveau type de gouvernementalité détaché de l’État-nation et institué à une nouvelle échelle mondiale. Les problèmes environnementaux deviennent la base de « solutions » mondiales et de processus d’universalisation des stratégies de gestion de la nature. Ainsi, tous les êtres humains, sans distinction de race, de classe, de sexe ou d’origine ethnique, partagent un « avenir commun » (Ulloa, 2010).

La feuille de route qui est marquée à Paris ne doit pas être isolée ou intransigeante, mais on attend une continuité dans ses objectifs et la révision des mesures à court terme afin d’éviter leur obsolescence.

Néanmoins, il y a plusieurs problèmes ou critiques que soulève la Conférence de Paris, car même si tous les pays semblent favorables à la lutte contre le changement climatique, leurs actions ne disent pas la même chose, car la contribution nationale donnée (INDC) proposée par les pays est beaucoup plus bas que prévu, et n’est pas assez pour obtenir une réduction des émissions pour atteindre l’objectif de 2ºC, et bien s’il reste peu probable, la réalité pourrait changer de que les pays se rendent compte de l’importance de ce sujet.

 

  • [1] Traduction propre de l’anglais : “the defining challenges of this century are overcoming poverty and managing climate change: if we fail on one we fail on the other. Clearly if we fail to manage climate change we create an environment so hostile that development will be undermined – leading to hundreds of millions having to move because their environment has been devastated”. Article dans l’Independent, 24 Novembre 2015

 

*Micaela Delfino est étudiante en Droit, Sciences Politique et Sociales à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Références

  • Carbon Brief (2015) “Paris 2015 : Tracking country climate pledges” https://www.carbonbrief.org/paris-2015-tracking-country-climate-pledges
  • Climate Policy Observer (2018). Umbrella Group: http://climateobserver.org/country-profiles/umbrella-group/
  • Commission Européenne (2017). Paris Agreement: https://ec.europa.eu/clima/policies/international/negotiations/paris_en
  • Gudynas, E. (2016). “Climate Change, the Quadrilemma of Globalization, and Other Politically Incorrect Reactions”. In: Globalizations, April 2016. Routledge, Taylor and Francis Group.
  • Obama, B. (2015). Statement by the President on the Paris Climate Agreement. December 12, 2015.
  • Pape François (2015). Lettre encyclique “Laudato si”. Typographie du Vatican, Rome 24 Mai 2015, numéral 3.
  • Ulloa, A. (2006). The ecological native: Indigenous Peoples Movements and Ecogovernmentality in Colombia. New York: Routledge.
  • Ulloa, A. (2010). “Geopolíticas del cambio climático” (Géopolitiques du changement climatique). En: Revista Anthropos. Núm. 227, pp. 133 – 146
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